Il y a deux façons de s’installer. La première consiste à créer son entreprise, chercher un local, acheter du matériel — puis à découvrir qu’il manque une attestation qu’on ne peut pas obtenir en trois jours, et que rien ne peut démarrer sans elle. La seconde consiste à faire les mêmes choses dans un ordre différent, et à ouvrir sans blocage.
Tout tient à un point que la plupart des guides nationaux mentionnent à peine : à La Réunion comme ailleurs, la déclaration d’activité auprès de l’ARS est préalable à l’exercice, et elle suppose une pièce que l’on n’obtient qu’en se formant. Cette pièce commande donc le calendrier entier.
L’ordre des démarches, et pourquoi il ne se réarrange pas
Les étapes 1 et 2 se mènent en parallèle, mais aucune des suivantes ne peut les précéder. C’est la seule contrainte dure de tout le parcours :
- Obtenir l’attestation d’hygiène et salubrité. 21 heures, et c’est la pièce qui conditionne la déclaration. Sans elle, l’étape 4 est impossible — pas « plus longue », impossible.
- Immatriculer l’entreprise. Guichet unique des formalités, choix du statut, obtention du SIRET. Rien n’interdit de le faire en premier ; c’est même utile, le SIRET étant demandé ensuite.
- Trouver et aménager le local. L’aménagement n’est pas libre : circuit du matériel propre et du matériel souillé, point d’eau, surfaces nettoyables. Signer un bail avant d’avoir vérifié ces points est le regret le plus fréquent.
- Déclarer l’activité à l’ARS. Avec l’attestation, l’identité, l’adresse précise du local et la nature des techniques pratiquées. La déclaration porte sur un LIEU autant que sur une personne.
- Souscrire la responsabilité civile professionnelle, et vérifier que le contrat couvre expressément l’effraction cutanée — beaucoup de contrats généralistes l’excluent.
- Ouvrir le compte fournisseur et le circuit des déchets. C’est ici qu’intervient le Certibiocide, sans lequel les désinfectants ne peuvent plus être achetés, et le contrat DASRI pour l’élimination des déchets piquants.
Déclarer son activité à l’ARS : ce qu’on déclare vraiment
La déclaration se fait auprès de l’agence régionale de santé du lieu d’exercice — pour nous, l’ARS La Réunion. C’est une déclaration, pas une demande d’autorisation : on n’attend pas un feu vert pour exister, on se signale. Mais exercer sans l’avoir faite place l’activité hors du cadre légal, et c’est le premier point vérifié lors d’un contrôle.
Ce qu’elle couvre, et que beaucoup découvrent trop tard : elle est attachée à un lieu et à des techniques. Changer de local, ouvrir un second poste, ajouter le perçage à une activité déclarée pour le seul tatouage — chacun de ces changements se déclare. Une déclaration faite une fois pour toutes en 2019 ne couvre pas l’atelier où l’on travaille en 2026.
| Situation | Faut-il déclarer ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Première installation | Oui, avant d’exercer | C’est la déclaration initiale. |
| Déménagement du studio | Oui | La déclaration porte sur l’adresse du local. |
| Ajout du perçage à une activité de tatouage | Oui | Les techniques déclarées changent — et l’attestation doit les couvrir. |
| Artiste qui rejoint un salon déjà déclaré | Oui, pour la personne | Le salon déclare son lieu ; chaque praticien répond de sa propre attestation. |
| Convention, salon éphémère, invitation | À vérifier au cas par cas | Un lieu d’exercice temporaire ne se traite pas comme un studio permanent. |
| Cessation d’activité | Oui | Sans quoi le lieu reste déclaré actif. |
Le statut : artisan ou libéral, et pourquoi la question revient
C’est la question la plus posée et la plus mal répondue, parce qu’elle n’a pas de réponse unique : elle dépend de ce que vous faites réellement, pas de votre métier déclaré. Le critère est celui de la création originale.
- Le tatouage réalisé d’après une création originale de l’artiste relève d’une logique artistique, et se rattache généralement au régime des professions libérales — bénéfices non commerciaux.
- La reproduction de motifs existants, la pose de bijoux, le perçage relèvent d’une logique de prestation technique, plus proche de l’artisanat.
- En pratique, beaucoup de studios font les deux, et c’est de là que vient la confusion des forums : les deux réponses sont vraies, pour des activités différentes exercées sous le même toit.
Le code d’activité : ce qu’il fait, et ce qu’il ne fait pas
Le code d’activité — APE ou NAF — est attribué par l’INSEE à l’immatriculation, à partir de la description que vous donnez de votre activité. Vous ne le choisissez pas dans une liste : vous décrivez, l’administration classe. Le code le plus couramment retenu pour le tatouage et le perçage est celui des « autres services personnels », mais il n’est pas garanti, et il varie selon la formulation retenue.
Surtout, il faut savoir ce qu’il ne décide pas. Un code d’activité est une étiquette statistique. Il ne crée aucun droit, n’autorise rien, et ne dispense de rien : il ne remplace ni la déclaration à l’ARS, ni l’attestation, ni le Certibiocide. Voir son code attribué ne signifie donc jamais « je suis en règle ».
L’assurance, facultative en droit, indispensable en fait
La responsabilité civile professionnelle n’est pas imposée à toutes les activités, mais l’exercer sans revient à engager son patrimoine personnel sur chaque geste. Le risque n’est pas seulement l’infection : c’est aussi le tatouage contesté, la réaction à un pigment, la cicatrice inattendue.
Le point à vérifier ligne à ligne avant de signer : la garantie couvre-t-elle expressément les actes avec effraction cutanée ? Beaucoup de contrats généralistes « esthétique et bien-être » les excluent, et l’exclusion ne se découvre qu’au sinistre.
Les obligations qui commencent le jour de l’ouverture
S’installer n’est pas un point d’arrivée : la plupart des obligations sont permanentes, et ce sont elles qu’un contrôle vérifie.
- L’information du client avant l’acte : risques, précautions, soins. Elle se donne par écrit, et le document doit pouvoir être présenté.
- L’autorisation parentale pour un mineur. ⚠️ Le texte vise « une personne mineure », sans seuil d’âge : elle est requise à 17 ans comme à 14 ans. Croire qu’elle ne concerne que les 16-17 ans laisse passer exactement les cas les plus graves.
- La traçabilité de la stérilisation : cycles, indicateurs, registre. Une stérilisation non tracée est traitée comme une stérilisation non faite.
- La filière DASRI : conteneurs conformes, durées d’entreposage, bordereaux d’élimination. C’est le producteur du déchet qui en répond, jusqu’au bout de la chaîne.
- Les produits de désinfection, dont l’achat suppose désormais un certificat — le sujet du guide Certibiocide : vos produits sont-ils concernés ?.
- La validité de l’attestation, qui n’est plus acquise à vie depuis la réforme de 2024.
Ce qui change quand on s’installe à La Réunion
La réglementation est nationale, mot pour mot. Ce sont les conditions d’exécution qui diffèrent, et elles pèsent sur le calendrier d’installation :
- L’approvisionnement dépend de délais d’acheminement. Un consommable oublié ne se rattrape pas dans la journée, et une commande bloquée faute de certificat bloque plus longtemps qu’en métropole.
- Le climat entre dans l’équation. Chaleur et humidité affectent la conservation des produits et les conditions de stockage — un point que les guides nationaux ne traitent jamais, et qu’un contrôle local regarde.
- Les organismes de formation habilités sont rares sur l’île, et les sessions peu nombreuses. C’est la principale raison pour laquelle l’attestation doit être engagée en premier : c’est l’étape dont vous ne maîtrisez pas le calendrier.
- Le marché est petit et interconnecté. Une réputation de studio irréprochable se construit vite, une mauvaise aussi.
Les questions qui reviennent
Peut-on tatouer sans diplôme ?
Oui — il n’existe aucun diplôme d’État de tatoueur, et la loi n’en exige pas. Mais « sans diplôme » ne veut pas dire « sans condition » : l’attestation d’hygiène et salubrité et la déclaration d’activité à l’ARS sont obligatoires. C’est la confusion la plus répandue du métier, et celle qui met le plus de gens en défaut sans qu’ils le sachent.
Faut-il se déclarer si l’on tatoue seulement de temps en temps ?
Oui. Le texte vise la pratique du tatouage par effraction cutanée, pas son volume ni sa régularité. Tatouer quelques amis contre rémunération, à domicile, sans déclaration ni attestation, place l’activité hors du cadre légal — et hors de toute couverture d’assurance en cas de complication.
Un artiste qui loue un poste dans un salon doit-il faire ses propres démarches ?
Oui pour ce qui le concerne personnellement : son attestation, son immatriculation, son assurance. Le salon déclare son local et en répond ; il ne couvre pas les qualifications individuelles de ceux qui y travaillent. Un salon peut d’ailleurs être parfaitement en règle et accueillir un praticien qui ne l’est pas.
Quel statut choisir pour démarrer seul ?
La micro-entreprise est le point de départ le plus simple, avec une comptabilité allégée et des charges proportionnelles au chiffre d’affaires. Elle devient défavorable quand les achats de matériel pèsent lourd, puisqu’ils ne sont pas déduits. Le seuil à partir duquel changer dépend de votre structure de coûts : c’est une question de comptable, pas de forum.
Combien gagne un tatoueur ?
Aucune moyenne sérieuse ne veut dire grand-chose, parce que deux modèles coexistent : l’artiste installé qui encaisse ses prestations et supporte ses charges, et celui qui travaille en salon, au fixe ou à la commission — souvent 40 à 60 % du prix de la séance. Le revenu dépend surtout du taux de remplissage et de la part du temps passée hors de la machine : devis, dessin, administratif.
Le perçage suit-il exactement les mêmes règles que le tatouage ?
Pour l’essentiel, oui : le code de la santé publique traite ensemble le tatouage par effraction cutanée et le perçage, avec la même exigence d’hygiène, de déclaration et de traçabilité. Les différences portent sur les techniques déclarées et sur les règles propres à certains actes, notamment chez les mineurs.